La médiathèque Françoise Sagan se veut ouvert à tous sur le quartier, habitants comme migrants. Sans élitisme ni démagogie.
© Ed Alcock / M.Y.O.P. 2015
Médiathèque Françoise Sagan, Paris 10e © Ed Alcock / M.Y.O.P. 2015

Sous un ciel bleu nuit, à l’ombre des palmiers, un jeune comédien déclame un texte du dramaturge britannique John Ford (1586-1640) dans un cloître évoquant l’architecture italienne de la Renaissance. Perché sur un muret, entre une chapelle désaffectée et la façade en pierre de taille d’une ­bibliothèque, Julien Verger, étudiant du cours Florent, intrigue un public éphémère. Difficile de croire que le jardin, ­décor à cette scène improvisée, se trouve au coeur du 10e arrondissement parisien. C’est pourtant là, dans les murs de l’ancien hôpital de la prison Saint-Lazare, qu’a été inaugurée en mai la médiathèque Françoise-Sagan, dernière-née des bibliothèques de la Ville de Paris.

« Elle est ouf cette bibliothèque, lance le comédien. Je viens ici parce que j’aime parler aux plantes et aux murs ; ça m’entraîne à parler aux gens. C’est mon jardin secret. »Comme Julien, baby-sitters, adolescents venus regarder « des vidéos débiles » et migrants gravitant entre le canal Saint-Martin et la gare de l’Est ont spontanément investi cette oasis, à l’abri des rues grouillantes du 10e. « Le public est très mêlé. C’est un plaisir de voir que des gens éloignés de la culture viennent parce que c’est un havre de paix », s’enthousiasme Vincent, professeur de lettres à Maisons-Alfort.

« Françoise-Sagan est emblématique de ce que doit être une médiathèque en 2015, selon Anne Hidalgo », explique Noël ­Corbin, directeur des Affaires culturelles de la Ville de Paris : un lieu convivial et décloisonné. Et qui met la relation avec le bibliothécaire au centre du dispositif, histoire de contrebalancer la dématérialisation croissante des biens culturels. Une seule devise : « Pas d’élitisme mais pas de démagogie non plusOn n’a pas à choisir entre la médiation et les collections », résume la directrice de l’établissement, Viviane Ezratty. Pour faire entrer tous les publics dans les médiathèques et recréer du lien social, la municipalité veut « casser les murs sociaux et sociétaux ». Françoise-Sagan est donc conçue comme un temple du savoir « sans codes culturels »On doit avoir envie d’y entrer sans complexe. Epurée et sans ostentation, l’architecture y est pour beaucoup. Pourtant le bâtiment en impressionne encore : « Au départ, les gens pensaient qu’ils entraient dans un hôtel de luxe », se souvient Soizic Cadio, chargée de la programmation culturelle et de la communication.

–> Lire la suite de l’article du 18/01/2016 écrit par Yohan Oremiatzki sur Télérama.fr